La Libre publie ce matin un article rapportant qu’en 4 mois, seuls 105 personnes se sont portées candidates comme agent auxiliaire de la poste dont une grande partie a rapidement quitté le boulot.
Bien que récent, ce statut a déjà une longue histoire interne. Il fait partie d’une série de réorganisations internes visant à améliorer la compétitivité de la Poste, en partie vu l’ouverture à la concurrence du secteur postal européen (pour rappel, le dernier bastion à savoir le courrier de moins de 50g est libéralisé à partir du 1er janvier) mais aussi pour l’augmentation du bénéfice de l’actionnariat privé qui détient 50% des parts moins une. La responsabilité des derniers gouvernements fédéraux est engagée, tant pour l’encadrement insuffisant de la libéralisation que pour la privatisation au rabais de 2004.
Première version de ce statut : les fameux facteurs de quartiers. L’idée était de remplacer à terme 4000 facteurs statutaires temps pleins par 8000 livreurs de courriers mi-temps sous statut précaire et sous-payés. Le projet a été abandonné devant la grogne des syndicats pour revenir sous la forme d’agent auxiliaire. Il s’agit maintenant de CDI temps pleins ou mi-temps, payés plus bas que leurs équivalents statutaires. L’article parle de 1900 anciens CDD passés au nouveau statut; si j’étais mauvaise langue, je dirais que vu qu’ils étaient en CDD ils n’ont guère eu le choix sinon entre deux maux. Mais le pire concerne les nouveaux engagés auxiliaires mi-temps pour la distribution de courrier.
Pour eux, le salaire horaire est de 9,68€ brut, soit environ 1150€ brut mensuel. Cela veut dire qu’en net, ils touchent environ l’équivalent du seuil de pauvreté pour un isolé : 860€/mois. C’est bien évidemment insuffisant pour assurer une qualité de vie digne de ce nom, mais cela constitue en plus un splendide exemple de piège à l’emploi. On parle de piège à l’emploi quand, en prenant en compte le salaire moins les frais supplémentaires (transport, crèche, vêtement, nourriture…) liés à un emploi, une personne se retrouverait avec moins d’argent pour vivre en acceptant un emploi au lieu de rester allocataire social. Plus d’infos sur les pièges à l’emploi par ici.
Donc pour s’en sortir, la personne qui accepterait un tel « emploi » est obligée de trouver ou créer un autre temps partiel pour arriver à un niveau de revenu global décent et justifiant l’effort de travail qu’elle accomplit. Seulement…
- … trouver un travail n’est déjà pas chose facile, alors trouver un deuxième travail à temps partiel dont les horaires s’accordent avec ceux du premier l’est encore moins;
- la distribution de courrier est un métier physique. Il faut rester debout, marcher, pousser son vélo, porter la sacoche, sans cesse s’abaisser ou se redresser pour atteindre les boites aux lettres… et le tout par n’importe quel temps. Cumuler cela à un deuxième travail (lui même physique ?) avec peut être le double de trajets et des horaires s’accordant mal, voilà qui ne promet guère une qualité de vie réjouissante;
- fiscalement, le cumul de divers temps partiels peut occasionner de drôle de surprise quand les contributions arrivent, surtout si les précomptes professionnels n’ont pas été adaptés à la situation de la personne.
Quant à se créer son propre emploi pour compléter son revenu, ce n’est déjà pas à la portée de tout le monde : être indépendant s’apprend mais demande aussi une mentalité que tout le monde n’a pas. Des personnes par ailleurs courageuse peuvent ne pas avoir le goût du risque ou l’organisation nécessaire pour s’en sortir en tant qu’indépendants. Quant à ceux qui pourraient y arriver, le côté physique et les horaires de la distribution de courrier ne les met assurément pas dans les meilleures conditions pour réussir à se lancer. Sans oublier que l’idée d’avoir un mi-temps « fixe » en se lançant comme indépendant est de se garantir un revenu suffisant en attendant que son activité propre soit rentable, nous avons vu ce qu’il en était niveau salaire pour ces auxiliaires…
Bref, l’attractivité d’un tel emploi est quasi nulle. Les résultats sur le terrain sont éloquents : en 4 mois, 105 candidats seulement avec un taux de rotation atteignant 100% par endroits. Un service public devrait être exemplaire dans la qualité des emplois qu’il offre. Au lieu de cela, la poste est lancée dans une course à la rentabilité indigne d’un service public qui tire le niveau vers le bas.
Pas d


Brûlons la poste.