Bart De Wever ou la maîtrise du temps politique

On peut reprocher beaucoup de choses à Bart De Wever mais en tout cas pas son manque d’intelligence politique. Le coup de la note clarificatrice est un coup de maître en terme de contrôle de l’agenda politique.

Rappelez vous il y a une semaine, onze vriend Bart semblait en bien mauvaise posture. Après avoir tiré la prise, il se retrouvait dans la position peu envieuse de devoir « clarifier » la situation qu’il avait lui même embrouillée, qui plus est avec les sept mêmes partenaires. Pas terrible tout ça.

Le retournement de situation commence vendredi avec le communiqué De Weverien annonçant qu’il se mettra en danger et proposera une note-compromis où chaque camp devra faire des renoncements difficiles, y compris la N-VA. Histoire de bien enfoncer le clou, son compère Muyters précise que la N-VA jugera le projet De Wever de manière critique. Tout ceci nous fait déjà quelques bons missiles envoyés du côté Boulevard de l’empereur sur la cible Di Rupo, jugé coupable de ne pas s’être suffisamment mouillé et d’avoir refusé les notes écrites.

Et aujourd’hui, voici la fameuse note de 50 pages. Elle arrive aux sept partis dans le début de l’après-midi puis dans la presse une heure après. On ne peut guère parler de fuite, un tel document est impossible à garder confidentiel. La conférence de presse était prévue à l’avance. Et le fait qu’il soit rendu public arrange très bien De Wever : des version résumées plus ou moins orientées sortent partout dans la presse, tout le monde ne parle que de lui et de sa note (c’est d’ailleurs ce que je suis en train de faire)… Mais personne n’a le temps de vraiment l’analyser.

C’est tout le problème de cette note : en 50 pages, elle en dit trop ou pas assez. Trop pour les délais de réponse exigés vu le nombre de sujets et de propositions abordés, pas assez car elle laisse de grandes zones d’ombres en matière de mise en place concrète de ces propositions. Une chose est à dire clairement : quoi qu’il arrive demain, cette note ne marquera pas la fin de la crise actuelle. Dans le meilleur des cas, elle sera le point de départ d’une relance des négociations mais elle ne peut former seule un accord.

Elle place en tout cas les autres partis dans une situation très délicate. Les bureaux de partis se tiendront partout demain matin et devront chacun réponse donner pour midi. Ça laisse en tout une petite vingtaine d’heures aux négociateurs, cabinets, cellule politique et autres centres d’études pour décortiquer une note multidisciplinaire avec toutes les conséquences de chaque proposition dans chaque domaine, sa faisabilité, sa mise en place, se concerter entre partis… Rien ne dit que tout ce qui se trouve dans la note avait déjà été évoqué avec les autres partis. Sans oublier qu’on est dimanche, que normalement les collaborateurs des partis ne sont pas sensés travailler et que les contacts possibles avec la société civile sont réduits. Une sacrée galère en perspective, bon courage à tout ceux qui vont passer une nuit blanche.

Médiatiquement et stratégiquement, le coup est bien joué. Il arrive même à se donner un côté ouvert via l’ouverture à amendements tout en précisant qu’il faut un accord sur le sens général de la note.  Le résultat à long terme sur l’avenir du pays et de ses citoyens, j’en doute.

Partager :
  • Print
  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • LinkedIn
  • Live
  • MySpace
  • Twitter
  • Wikio

Articles similaires :

  1. Bedlam in Belgium Mais que veulent-ils... ... cette jeune génération VLD, arrivée aux manettes du parti il y a quelques mois à peine...
  2. Camping16, « purement logique » ? Non ! Crise, crise, c’est la crise ma bonne dame, et le citoyen n’en peut plus… Il n’en peut tellement plus qu’il...
  3. Quelques slogans rationnels pour la Belgique Après six mois ininterrompus de crise, élections, négociations, crise, re-crise et re-re-crise, la période est propice aux exagérations les plus...

About Nicolas