Sujet de préoccupation de nombreux Montois et usagers de la SNCB, le projet de nouvelle gare à Mons vient d’entrer dans une nouvelle phase : l’étude d’incidence. Et qui dit étude d’incidence, dit réunion publique, qui s’est tenue ce jeudi 2 septembre au Manège.
La première nouvelle, une absence; celle d’Elio Di Rupo, bourgmestre englué dans une préformation dont l’échec sera constaté deux jours plus tard. Absence non anodine, l’homme tenant à tout prix à la réalisation d’un de ses grands projets en vue de Mons 2015, n’hésitant pas à sortir les crocs dès que le sujet fut abordé en juillet 2009 lors de la formation des coalitions olivier.
Absence finalement éclipsée par la présence de Santiago Calatrava, architecte choisi pour concevoir et réaliser le projet. S’il y a quelque chose qu’on ne peut lui reprocher, c’est d’avoir une vision et de la défendre avec enthousiasme. De l’évocation de la place de Rome au croquis redessiné sur place via projecteur, aquarelle à l’appui, en passant par l’animation 3D avec musique classique de circonstance, tout est fait pour vendre l’idée d’un grand projet moderne indispensable à toute grande ville qui se respecte. Il a à contrario plus de mal à répondre à des questions plus terre-à-terre, en témoigne cette question sur la provenance de la pierre bleue utilisée lors de la construction qui recevra une longue tirade sur la modernité, l’ouverture au monde, la civilisation chinoise et même les inondations au Pakistan… mais aucune réponse concrète. Un orgueil prononcé aussi, comme quand, en réponse à ce citoyen l’interpellant sur une possible collision entre la fin de la passerelle et un bâtiment existant des impôts, il se lance dans une longue énumération des projets qu’il a mené à bien à travers le monde.
Et sur le projet même ?
Présenté par Vincent Bourlard d’Eurogare, il s’appuie sur deux concepts clés : intermodalité et transversalité. Intermodalité via un quai bus-taxi intégré à la gare même et une connexion au réseau routier via les deux parkings. Transversalité est un nouveau mot phare de la SNCB qui exprime la volonté de transformer les « gares-barrières » coupant la ville en deux en « gares-passerelles » permettant un développement harmonieux des deux quartiers de la ville séparés par le chemin de fer. Concrètement, cette volonté s’exprime ici par l’implantation dans le projet d’une passerelle permettant de rejoindre à pieds les Grands Prés depuis la place Leopold.
Autre point sur lesquels nos orateurs du jour ont lourdement insisté : le côté « ecolo » de la gare. Parfois de façon comique comme quand Calatrava sort sa plus belle couleur verte pour son aquarelle, mais il faut souligner de réels progrès par rapport à la première présentation en 2008. Utilisation de bois dans la structure, cellules photovoltaïques sur le toit, récupération d’eau de pluie : indiscutablement, un effort important a été réalisé. Faut-il y voir un effet du travail d’Ecolo sur la question dès 2008 ? Tout n’est pas parfait pour autant, entre autres points restant à vérifier : isolation des lieux chauffés de ceux qui ne le sont pas, provenance des matériaux utilisés, éclairage…
Plusieurs interventions dans la salle se sont concentrées sur la mobilité. Les associations cyclistes étaient au rendez-vous et se posent des questions sur l’accès à la gare, le nombre et l’emplacement des parkings vélos. Ceci est à inscrire dans un cadre plus large de la mobilité cycliste à Mons, la ville devra encore consentir d’importants efforts dans ce domaine afin d’arriver à une situation acceptable. Et les voitures ? La circulation sur la place Leopold devant la gare sera bouleversée par ce projet, il faudra en étudier les conséquences sur le trafic en centre-ville et sur le boulevard. L’accès aux parkings mérite également réflexion.
Une gare, mais qui et quoi dedans ?
Fini le temps des gares simples arrêts provisoires pour voyageurs, en tout cas selon la conception Bourlard-Calatrava. Une gare est désormais un lieu de vie avec divers commerces où le voyageur souhaite flâner. Pourquoi pas, mais l’absence de mention des guichets et du personnel d’accueil fait tache dans la présentation, surtout après l’annonce Di Rupienne en avril sur la disparition future des guichets SNCB remplacés par l’achat des tickets en ligne. Réaction de Vincent Bourlard : « Mais qui communique de tels rumeurs ? Il y aura évidemment un accueil voyageurs avec le personnel nécessaire ! ». Soit, plus qu’à en informer Elio ! Les fresques visible dans l’actuel bâtiment devraient être préservées et exposées soit dans le futur bâtiment, soit dans un lieu à définir avec la ville de Mons.
Sur les PMR, certains points sont prévus mais d’autres manquent encore. Des interpellations concrètes sont venues sur la hauteur du plafond des parkings pour que les camionnettes transportant les personnes en chaises roulantes puissent y rentrer. La SNCB assure que les associations concernées seront consultées.
Le confort du personnel a été abordé par un courageux membre du personnel SNCB qui a dénoncé les conditions de travail de certains de ses collègues dans la nouvelle gare de Liège : locaux exigus, mal éclairés… Réponse SNCB : « La majorité a répondu être satisfait dans une enquête, après il reste toujours un ou deux mécontents. »
Autre rumeur « made in Elio » récusée par Vincent Bourlard : le coût de 155 M € de ce projet. Selon lui, c’est 120 M € de travaux, point. Il faut préciser que ceci ne prend en compte que les travaux sur la gare même, les aménagements du voisinage c’est une autre question.
Un point intéressant particulièrement les riverains et usagers de la gare : quand commencent les travaux et combien de temps dureront-ils ? Deux dates annoncées mais sujettes à caution : 2012 pour le début des travaux et 2015 pour la fin. 2015 est évidemment lié à Mons 2015, avoir une gare d’une telle envergure en travaux l’année de Mons capitale européenne de la culture ferait très mauvais genre… Espérons que les agenda ne se télescoperont pas au détriment de la qualité du projet. Pendant les travaux, une gare provisoire sera aménagée avec des containers selon le modèle liégeois.
Au delà de l’étude d’incidence
La réunion était uniquement sur l’étude d’incidence. Elle laisse de côté plusieurs aspects cruciaux. Deux épées de Damoclès restent suspendues au dessus de ce projet. La première, la demande de classement introduite à la Région wallonne via une pétition de 1400 Montois. Ces pétitionnaires étaient malheureusement aux abonnés absents ce jeudi, mais leur requête reste et suit son cours. La deuxième, la polémique sur l’attribution du marché public à Calatrava. Plusieurs candidatures à l’appel de 2006 auraient été rejetées parce qu’elles prévoyaient la démolition de la gare actuelle; celui de Calatrava ne prévoyait pas de démolition, a été retenu puis modifié dans le sens d’une démolition.
Sur un mode plus politique, l’affectation du budget de la SNCB pose question. La polémique gare/sécurité reste vive, la SNCB explique ses budgets répartis selon ses trois entités, mais cette subdivision ne joue-t-elle pas un rôle dans le problème ? Et à l’intérieur même du budget « investissement gares », la répartition entre grandes et petites gares est déséquilibrée. Les gares du Borinage ferment, sont laissées à l’abandon, deviennent au mieux de simples arrêts sans personnels… La politique de la SNCB se concentre sur ses plus grandes gares au détriment de l’ensemble de son réseau. Une gare de Mons rénovée, atteignable en bus, voiture, vélo, à pieds mais pas en train serait un comble.
Sur le plan de la citoyenneté locale, on peut regretter que la consultation des Montois ne se fasse qu’à partir de l’étude d’incidence. La pertinence même du projet de gare n’a pas été discutée avec la population.
Comment participer ?
La meilleure source pour répondre à cette question, Aries, le bureau d’étude en charge de l’étude d’incidence :
Toute personne peut introduire une demande relative au projet. Il n’y a pas de contraintes sur le lieu de résidence de la personne. Chaque courrier est précisément intégré dans l’étude d’incidences (en annexe) et les réponses à chacune des questions ou alternatives proposées sont fournies. Le bureau d’études répond à chaque question, quitte, le cas échéant, à indiquer que la question n’est pas pertinente dans le cadre du projet. En ce qui concerne les propositions d’alternatives, le bureau est également en charge d’évaluer si elles sont raisonnables et, si, dès lors, elles doivent être étudiées dans le cadre de l’étude d’incidences.
L’article 41 ci-dessous reprend clairement les modalités d’intervention.
« Art. R.41-4 – Toute personne peut, dans un délai de quinze jours à dater du jour de la tenue de la réunion d’information, émettre ses observations, suggestions et demandes de mise en évidence de points particuliers concernant le projet ainsi que présente les alternatives techniques pouvant raisonnablement être envisagées par le demandeur afin qu’il en soit tenu compte lors de la réalisation de l’étude d’incidences, en les adressant par écrit au collège communal du lieu où s’est tenue ladite réunion, en y indiquant ses noms et adresse.
Elle en adresse une copie au demandeur, lequel la communique sans délai à l’auteur d’étude dans l’hypothèse où une telle étude est requise ».Ir. Philippe NOEL,ARIES Consultant,Directeur technique.
Vous pouvez envoyer vos remarques par écrit, jusqu’au 17 septembre 2010 en y indiquant votre nom ainsi que
la dénomination du projet :
à l’attention du Collège Communal de la Ville de Mons, Cellule environnement, Grand Place 7000 Mons
avec copie au demandeur :
à l’attention de Monsieur Vincent Bourlard, c/o EUROGARE, Place de Bronckart, 26, 4000 Liège.
Toute requête recevra réponse, et une réponse négative sera accompagnée d’une explication. Tous à nos plumes !
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