Tout d’abord, en cas de difficultés, un petit coup d’AC/DC ça aère toujours l’esprit. Surtout quand le sujet du morceau est de circonstances est de circonstances. La chose date de 1983 et parle d’un concert ayant mal tourné, pas de BHV. Comme quoi on peut encore se faire remarquer pour autre chose que l’institutionnel, le foot et la bière ?
La fin du vieux crocodile
Une semaine de fou qui commence au rythme Dehaenien. Deux jours de négociations, quelques coups de gueule dans une discrétion d’ensemble bien gardée, pour se terminer mardi soir par un communiqué qui fera date. Psychiatrie, opposition de logiques incompatibles, référence aux négociations depuis 1970… Le Dehaene élevé à l’institutionnel façon Martens-Spitaels-Gol prend en pleine figure la réalité de 2010 avec des politiques qui n’ont pour la plupart connu ni partis unifiés ni affaire de Louvain. Le vieux crocodile se retire une dernière fois, dans son style inimitable. La fin d’une époque et d’une génération.
Mais que veulent-ils…
… cette jeune génération VLD, arrivée aux manettes du parti il y a quelques mois à peine ? Officiellement, l’affaire BHV aurait duré trop longtemps, ils veulent pouvoir revenir aux autres problèmes plus urgents, il y avait une date limite pour Pâques, elle n’est pas respectée donc la confiance est brisée et ils s’en vont. Très bien tout ça. Sauf que dans la réalité la situation est tout autre. Déjà, comme l’a rappelé Marcel Cheron, placer des ultimatums n’a jamais aidé à trouver une solution; la pression augmente, la nervosité des partenaires avec, et plus l’ultimatum approche plus de temps est perdu à tenter de le contourner au lieu de chercher une solution au problème originel. C’est bien se qui s’est passé ici, une partie de la journée de mercredi ayant servi à rédiger une déclaration à minima pouvant satisfaire le VLD pour la plénière de la chambre de jeudi au lieu d’avancer sur BHV. Donc l’ultimatum pour trouver une solution a éloigné la solution. Ensuite, « 2010 mag geen verloren jaar zijn« . Très joli aussi, sauf que chacun sait la difficulté en Belgique de ramener des partenaires autour de la table après une crise, sans même parler du cas où il faut former un nouveau gouvernement. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce gouvernement fédéral bossait, qu’on soit d’accord ou non avec ses orientations. La Libre a listé les 10 grands chantiers qui viennent de se prendre un méchant coup d’arrêt avec la crise actuelle, et on peut y rajouter la présidence tournante de l’Union européenne qui commence le 1er juillet. Mais que tous les Belges en difficulté se rassurent, le VLD fait donc tout cela dans leur intérêt pour que 2010 ne soit pas une année perdue. On y croit. Quant à scinder BHV, en cas d’élections la procédure repart de zéro avec à nouveau la possibilité de conflit d’intérêt à chaque niveau de pouvoir, soit potentiellement 3 ans de plus avant d’arriver au vote à la chambre.
Alors quoi ?
Les raisons sont à regarder au plus profond du VLD. On touche là un autre gros problème de la politique belge, la méconnaissance des partis politiques de l’autre côté de la « frontière ». Qui en Wallonie suit encore ce qui se passe dans les partis flamands, même parmi les citoyens actifs en politique ? La surprise n’en est que plus grosse quand elle arrive.
Depuis octobre 2003, soit quelques mois après les fédérales consacrant Verhofstadt II, le VLD a perdu la place de parti numéro un en Flandre. Les élections qui ont suivi ont confirmé ce fait, allant jusqu’au retour dans l’opposition après les régionales de 2009. Débordé économiquement sur sa droite par la LDD, dépassé dans le flamingantisme par le VB et la NVA, le VLD oscille péniblement entre la 2e et la 5e place dans les sondages, incapable de retrouver la place qui était la sienne dans les années 90.
Alors arrive une nouvelle équipe à sa tête fin 2009. Alexander de Croo, 34 ans, en chef d’équipe; Vincent Van Quickenborne, 37 ans, ministre depuis 2003 qui a flairé le bon coup; et Patricia Ceysens, 44 ans, ex-ministre régionale. Ils reprennent en main un parti au plus bas dans les sondages, dans l’opposition en Flandre et dans la majorité au fédéral. Mais quelle majorité… Une majorité de bric et de broc constituée par défaut, trainant BHV comme un boulet depuis 3 ans, obligée de s’attaquer à la gestion d’une crise qui empêche les grandes innovations. Or, notre jeune équipe n’a pas ce profil de sage gestionnaire de crise, il leur faut trouver un nouveau souffle, un nouvel espace vital pour regagner le peloton de tête flamand. De plus, la perspective d’une présidence belge de l’Union européenne pilotée par la paire CD&V Leterme-Vanackere avec le concours de Van Rompuy à l’Europe ne les enchante guère. Alors ils préfèrent arrêter les frais dès maintenant, quitte à retourner dans l’opposition.
Le problème est aussi générationnel. La génération « années 90″ du VLD est sur le déclin mais toujours présente. Patrick Dewael est président de la chambre, Guy Verhofstadt parti à l’Europe, Guy Vanhengel encore vice-premier ministre fédéral… Sur le déclin mais toujours présents. Mais avec le coup de jeudi, la jeune génération a pris les devants. Elle montre que désormais, c’est elle qui donne le tempo. Et si le résultat est un retour total du VLD dans l’opposition, elle met définitivement la vieille garde au placard. Cette vieille garde ne semble d’ailleurs pas marquer un fol enthousiasme pour la crise. Verhofstadt se tait, Vanhengel est manifestement gêné, Dewael annule la plénière de la chambre qui devait voter la scission de BHV après entrevue avec le Roi…
Et maintenant ?
La seule vraie porte de sortie serait la courbe rentrante. Soit, le VLD revient sur sa décision et laisse un certain temps aux négociations, tout en obtenant suffisamment de garanties que pour ne pas perdre la face. La pression est maximale en ce sens, y compris des syndicats et du patronat. Mais ce ne serait pas du tout dans l’intérêt du duo De Croo – Van Quickenborne. Le « nouveau délai » annoncé par De Croo est un nouvel ultimatum, et à la condition de ne discuter que sur base des propositions de Dehaene. Deux conditions qu’il sait inacceptable pour les francophones. La jeune garde du VLD est en train de donner une leçon de cynisme politique à ses ex-partenaires désabusés.
Parmi les autres partis flamands, guère d’envie de rejoindre l’attelage gouvernemental. Le SPA et Groen ! refusent, quant à prendre la NVA, la LDD ou le VB, n’en parlons pas… Plus le temps passe, plus le gouvernement fédéral devient un espèce de lieux maudit dont tout le monde s’écarte côté flamand.
Alors des élections ? Dans un contexte pareil, pas grand chose de bon à en tirer. La sphère politico-médiatique passerait son temps sur l’institutionnel pendant que la population qui n’en a pas grand chose à faire encaisserait les coups.
Finalement, je donnerai (pour une fois) raison à Flupke Moustache : une prière et un petit verre de vin ! Les prochains jours seront décisifs, en espérant un retour au calme…
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