Benoit XVI, pape des Ecolos

C’est bien connu, Benoit XVI a tous les défauts. Tour à tour nazi, négationniste, homophobe tueur de sidéen et protecteur de pédophile, cet homme semble voué aux gémonies médiatiques jusqu’à son dernier souffle, et même après si l’on se réfère à l’exemple récent de Pie XII lui aussi taxé de sympathisant à la cause nationale-socialiste. Je ne reviendrai pas sur les exagérations multiples contenues dans ces attaques, d’autres le font bien mieux que moi. Ils se sont d’ailleurs regroupés pour lancer un appel à la vérité histoire de rétablir un tant soit peu l’équilibre.

Alors, à défaut de ce terrain plus qu’encombré, je choisis celui qui est le mien : l’écologie. Voyons donc ce que vaut Benoit XVI comme ecolo !

1 – La théorie

Être sensibilisé et sensibiliser autour de soi, c’est la base, le début indispensable avant de mettre les mains dans le cambouis. Et quand on est le chef spirituel d’une Église comptant un milliard de fidèle, ce rôle et son impact ne sont pas à négliger.

Que dit donc Benoit XVI à ce sujet ? Plusieurs sources de premier choix nous éclairent à ce sujet. La première est la « Lettre du pape Benoit XVI au patriarche œcuménique de Constantinople à l’occasion de l’ouverture du VII symposium sur religion, science et environnement ».

Au passage, bienvenue sur le site du Vatican. Non, le Vatican ne s’est pas encore plongé avec délectation dans les méandres du web 2.0. Oui ce sont des gars sérieux qui font passer le fond avant la forme. Après tout, ça change. Passons aux extraits :

« Votre dévouement et votre engagement personnel à la protection de l’environnement manifeste le besoin urgent pour la science et la religion de travailler ensemble pour protéger les dons de la nature et pour promouvoir une gestion responsable. »

La religion n’ayant pas toujours fonctionné dans un esprit de coopération avec la science, ce besoin urgent de travailler ensemble est à encourager.

« A travers la présence du Cardinal McCarrick, je désire réaffirmer ma solidarité profonde avec les objectifs du projet et vous assurer de mon espérance pour une plus grande reconnaissance à l’échelle mondiale de la relation vitale entre l’écologie de la personne humaine et l’écologie de la nature. »

On a là un des grands crédo de Benoit XVI, la relation entre écologie humaine et écologie de la nature. Les deux sont vus comme l’œuvre du créateur et méritant donc le plus grand respect. Le concept d’écologie humaine lui vaut toutefois les foudres de diverses associations car il l’étend au respect du but de la présence de l’homme sur terre, sexualité dans un but de procréation et tout ce qui s’ensuit pour les homosexuels.

« La protection de l’environnement, la promotion d’un développement durable et l’attention particulière aux changements climatiques sont des sujets de grave préoccupation pour toute la famille humaine. Aucune nation ni aucun domaine de l’économie ne peut ignorer les implications éthiques liées à tout développement économique et social. La recherche scientifique montre de plus en plus clairement que l’impact des actions humaines dans un lieu ou une région donnés peut avoir des répercussions à l’échelle mondiale. Les conséquences du mépris de l’environnement ne peuvent être limitées à une région ou à une population spécifiques, car elles portent préjudice à la convivialité humaine et trahissent ainsi la dignité humaine et violent les droits des citoyens qui désirent vivre dans un environnement sûr. »

Ce paragraphe entier, auriez vous pu deviner sa provenance s’il n’était pas sourcé ? Il aurait pu être écrit par n’importe quel parti ou association manifestant au sommet de Copenhague. Tout y est : environnement, développement durable (bien que les décroissants y trouveront à redire), changement climatique, responsabilité de l’homme à travers les nations et l’économie, nécessité de prendre le problème au niveau global, allusion aux réfugiés climatiques…

« S’il est vrai que les pays en voie d’industrialisation ne peuvent moralement reproduire les erreurs faites par les autres dans le passé, en continuant à détériorer l’environnement , il est également vrai que les pays hautement industrialisés doivent partager des « technologies propres », et garantir que leurs marchés ne soutiennent pas la demande de produits dont la fabrication contribue à augmenter la pollution. »

Et si ceci n’est pas un appel à la fiscalité verte, c’est rudement bien imité. Avec en prime toute la problématique du développement de pays tels l’Inde ou la Chine et les dumpings sociaux et environnementaux qui les accompagnent. Le propos reste vague mais ouvre la voie et invite au débat.

Deuxième source : Message de sa sainteté Benoit XVI pour la célébration de la journée mondiale de la paix.

Oui, toujours le site du Vatican. Je suis sûr que vous allez finir par aimer le papier peint de fond.

Les paragraphes 8 et 9 sont titrés « l’écologie de la paix » et nous intéressent particulièrement. Le § 8 revient sur l’idée déjà évoquée de relation entre écologie humaine et de la nature, en y rajoutant la notion d’écologie sociale :

« En plus de l’écologie de la nature, il y a donc une « écologie » que nous pourrions appeler « humaine », qui requiert parfois une « écologie sociale ». Et cela implique pour l’humanité, si la paix lui tient à cœur, d’avoir toujours plus présents à l’esprit les liens qui existent entre l’écologie naturelle, à savoir le respect de la nature, et l’écologie humaine. »

Le concept d’écologie sociale, on l’entend assez souvent de par chez nous autres Belges, il n’est pas expliqué ici mais l’encyclique sociale Caritas in veritate en dit plus long, on va y revenir…

Le § 9, lui je le met en entier. Oui cet article devient long, mais grâce à moi vous pouvez lire ces textes sans le fameux papier peint.

« Le problème, chaque jour plus grave, des approvisionnements énergétiques nous aide à comprendre combien est étroit le lien entre ces deux écologies. Au cours des dernières années, de nouvelles Nations se sont engagées avec dynamisme dans la production industrielle, faisant croître les besoins en énergie. Cela est en train de provoquer une course aux ressources disponibles sans précédent. En même temps, dans certaines régions de la planète, il existe encore des situations de grand retard, où le développement est pratiquement bloqué, notamment en raison de la hausse des prix de l’énergie. Que deviendront les populations de ces régions? Quelle sorte de développement ou de non-développement leur sera imposée par la raréfaction des approvisionnements énergétiques? Quelles injustices et quelles oppositions provoquera la course aux sources d’énergie? Et comment réagiront les exclus de cette course? Ce sont des questions qui mettent en évidence que le respect de la nature est étroitement lié à la nécessité de tisser entre les hommes et entre les Nations des relations dans lesquelles on porte attention à la dignité des personnes et qui puissent satisfaire leurs besoins authentiques. La destruction de l’environnement, son usage impropre ou égoïste et la mainmise violente sur les ressources de la terre engendrent des déchirures, des conflits et des guerres, justement parce qu’ils sont le fruit d’une conception inhumaine du développement. En effet, un développement qui se limiterait à l’aspect technique et économique, négligeant la dimension morale et religieuse, ne serait pas un développement humain intégral et finirait, parce qu’il est unilatéral, par encourager la capacité destructrice de l’homme. »

Guerres en Irak, pétaudières du Moyen-Orient et du Caucase, nationalisations de compagnies pétrolières en Amérique du sud, lien avec le pic du pétrole, accès inégal à l’énergie… Sans rien citer directement, Benoit XVI brosse en quelques lignes le tableau d’un monde en surconsommation énergétique par rapport à ses capacités. Il y voit l’effet d’un développement incomplet oubliant les dimensions morale et religieuse. Si l’on considère que la religion n’est pas le seul chemin vers la spiritualité et la morale (voir à ce sujet l’excellent « L’Esprit de l’athéisme – Introduction à une spiritualité sans Dieu » d’André Comte-Sponville), il s’agit d’une analyse à laquelle beaucoup d’écologistes peuvent adhérer; l’expression souvent utilisée chez nous étant la « question du sens ».

Le dernier texte que j’évoquerai est l’encyclique « Caritas in veritate ». Il s’agit d’un travail collaboratif d’importance définissant la doctrine sociale de l’Église. Benoit XVI s’est fortement impliqué dans ce document sorti en juillet 2009. La question sociale y est abordée en détails ainsi que ses liens avec la question environnementale. La lecture de l’encyclique dans son ensemble vaut le coup, je vous guide vers quelques § contenant des idées non encore évoquées ici :

§ 36 : L’activité économique ne peut résoudre tous les problèmes sociaux par la simple extension de la logique marchande. Celle-là doit viser la recherche du bien commun, que la communauté politique d’abord doit aussi prendre en charge. C’est pourquoi il faut avoir présent à l’esprit que séparer l’agir économique, à qui il reviendrait seulement de produire de la richesse, de l’agir politique, à qui il reviendrait de rechercher la justice au moyen de la redistribution, est une cause de graves déséquilibres.

§ 60 : « Dans la recherche de solutions à la crise économique actuelle, l’aide au développement des pays pauvres doit être considérée comme un véritable instrument de création de richesse pour tous. »

§ 63 : « En considérant les problèmes du développement, on ne peut omettre de souligner le lien étroit existant entre pauvreté et chômage. Dans de nombreux cas, la pauvreté est le résultat de la violation de la dignité du travail humain, soit parce que les possibilités de travail sont limitées (chômage ou sous-emploi), soit parce qu’on mésestime « les droits qui en proviennent, spécialement le droit au juste salaire, à la sécurité de la personne du travailleur et de sa famille » »

§ 64 : « …il est opportun d’évoquer l’exigence urgente que les organisations syndicales des travailleurs, qui ont toujours été encouragées et soutenues par l’Église, s’ouvrent aux nouvelles perspectives qui émergent dans le domaine du travail. »

§ 65 : « Toute l’économie et toute la finance, et pas seulement quelques-uns de leurs secteurs, doivent, en tant qu’instruments, être utilisés de manière éthique afin de créer les conditions favorables pour le développement de l’homme et des peuples. »

Pour le coup, on en arriverait à télescoper la bonne vieille question « l’écologie est-elle de gauche ? » , de plus en plus clairement tranchée dans le sens « oui », avec une nouvelle question « l’Église catholique est-elle de gauche ? ». Ce serait oublier, au delà du côté provocateur de la question, que l’Église catholique n’est plus une organisation politique depuis la séparation de l’Église et de l’État en occident. Son message est essentiellement moral, il donne des limites et trace une voie mais ne dit pas quelles décisions prendre. Des personnalités telles André Léonard en Belgique interviennent dans le débat public, le Vatican peut parfois émettre un avis, mais cela reste de simples avis comme tout un chacun, particulier ou association, peut en émettre dans un débat public. On ne trouvera pas trace d’un programme politique dans l’Église; seul le politique dit ce qui est légal et ce qui ne l’est pas. Mais il le fait (du moins espérons-le !) sur base de considérations morales et idéologiques.

Sur ces considérations morales et idéologiques, des convergences existent clairement entre Benoit XVI et l’écologie politique, tant sur la question environnementale que sur la question sociale. Elles ne peuvent occulter l’existence de divergences, à commencer par l’élémentaire fait que l’écologie politique ne se réclame pas d’une croyance religieuse (sans pour autant la rejeter). Mais elle valent la peine de ne pas rejeter d’office tout message du Vatican comme rétrograde.

2 – La pratique

Bon, les paroles c’est bien, mais les actes alors ? Bien que l’Église ne soit pas politique, elle dirige un État, le Vatican, avec donc des choix en matières énergétiques par exemple. Alors que fait le chef d’état Benoit XVI pour l’écologie ? Deux initiatives concrètes à relever :

La plantation de 7000 hectares de forêt dans un parc national de Hongrie dans le cadre du protocole de Kyoto qui permet à un état d’obtenir des crédits d’émissions en lançant des investissement écologiques dans d’autres pays. Ce modèle n’est pas idéal puisqu’il permet d’acheter ailleurs plutôt que de régler les problèmes sur place; convenons toutefois qu’avec sa superficie de 0,44km² en plein milieu d’un centre ville, le Vatican ne dispose que de peu de marge de manœuvre en interne. Un premier bon point donc.

Deuxième initiative, l’installation de 2400 panneaux solaires sur le toit de la salle Paul VI. La construction, qui concilie diversification des sources d’énergie, diminution de l’empreinte carbone et conservation de monuments historiques a reçu un European Solar Prize en 2008.

Peu d’informations significatives au niveau social. La retraite est à 75 ans pour les religieux et 67 ans pour les laïques mais leur situation n’est guère comparable à ce que nous connaissons… L’égalité homme-femme au niveau salaires et retraites est d’application et les allocations familiales ont été récemment revalorisées.

Et donc quoi ?

Je n’irai pas jusqu’à dire « Votez Benoit XVI ! », après tout nous avons Monseigneur Javaux pour cela… Mais qu’en tout cas, il est intéressant de creuser un peu le personnage Benoit XVI et plus largement la parole de l’Église, la réalité étant comme souvent plus complexe que ce qui en transparait dans les médias. Et que l’Église peut être un allié objectif dans la sensibilisation à l’écologie. Ce n’est déjà pas si mal !

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